Incipit

A l'approche de mes 30 ans, je cèderais volontiers à la tentation de l'examen intime de mon moi, en quête d'une auto-thérapie salutaire. Mais l'exercice serait un peu vain et mégalo. Pour qu'il puisse s'adresser à vous tous aussi, je souhaite transférer les enjeux de mon questionnement personnel à notre contexte actuel global.
Entre le rêve et l'échec, ou quand, en politique comme en amour, la déception semble être l'inévitable issue...
Rassurez-vous, pas de pessimisme absolu en guise de ligne éditoriale, mais plutôt des variations autour des thèmes suivants : dépit / renouveau / trentenaire / conscience politique / résignation / colère / écologie / révolte / rock / partage / émotion / sourire / échec / (re)construction…
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mercredi 26 mars 2014

(R) évolution des colibris : étape 4

En ces lendemains d'élections municipales, la quatrième étape de la révolution des Colibris  prend tout son sens.
Pas besoin de longue introduction, si vous êtes familier(s) de ce blog ou si vous avez suivi les actualités de ce début de semaine, vous comprendrez :

"Abstention record, démobilisation citoyenne, individualisme, d'un côté, soif de pouvoir, impunité, court-termisme, clientélisme de l'autre... les obstacles semblent nombreux face aux enjeux que nos démocraties devront affronter dans les années à venir.
De même, au sein des organisations, le modèle pyramidal montre ses limites. Les comportements archaïques (repli sur soi, agressivité, luttes de territoires...) sont autant de réactions défensives omniprésentes. Face à un monde en mutation, il est urgent de remplacer la compétition et l’individualisme par la coopération.
Comment faire primer l’intérêt général ? Comment faire face aux problèmes à long terme (changement climatique, raréfaction des ressources, instabilité économique...), à leur caractère mondialisé, tout en donnant aux citoyens le pouvoir qui leur revient ?
Si nous voulons reprendre le pouvoir, il est essentiel que chacun fasse sa part et que nous construisions des dynamiques collectives.
Ateliers citoyens, actions locales, nouveaux modes de gouvernance, Initiatives Citoyennes Européennes... Explorons ensemble ces nombreuses solutions ! Reprenons notre pouvoir d'agir et faisons l'avenir de nos territoires !"

Réinventer la démocratie

Un exemple d'action parmi les cinq proposées par le Mouvement Colibris : La participation à une Initiative Citoyenne Européenne

"Depuis le 1er avril 2012, l’Union Européenne s’est dotée d’un nouvel outil visant à instaurer plus de démocratie participative dans l’institution : l’Inititiative Citoyenne Européenne (ICE).
L’ICE est un droit d’initiative politique qui offre la possibilité aux citoyens européens de proposer une réforme législative à la Commission Européenne.
 
Fonctionnant comme une pétition, l’ICE dispose d’une année pour obtenir un million de signatures de citoyens issus d’au moins sept des Etats membres de l’UE. Si les conditions de recevabilité sont remplies, l’initiative arrive sur le bureau de la Commission européenne, qui dispose de 4 mois pour étudier la recommandation et présenter une proposition législative.
Malgré un dispositif lourd et l’absence de pouvoir contraignant la Commission Européenne à présenter une proposition législative, l’enjeu est néanmoins de taille pour les citoyens qui disposent aujourd’hui d’un média puissant pour alerter les décideurs européens et ainsi orienter l’agenda européen.

 

L’ICE "Right to water"* ("Droit à l'eau") est la première ICE à avoir obtenu un million de signatures, en moins de 9 mois. Preuve qu’une mobilisation citoyenne et transnationale est possible sur des enjeux primordiaux ! Donner sa signature à une ICE est simple et prend seulement quelques minutes. C’est pourtant une action majeur pour reprendre notre pouvoir. Signez et partagez l’ICE qui vous touche et participez à cet élan collectif qui permettra d’influer les choix de l’UE !"

Voir la liste des ICE en cours



*l’ICE "Right to Water" qui demande à l’UE de reconnaître l’eau et l’assainissement comme des biens communs et des droits humains essentiels au sens que lui donnent les Nations Unies.
Plus d'info : www.right2water.eu ; Article du Monde sur la suite donnée par la Commission Européenne à cette initiative

mercredi 2 janvier 2013

(R) évolution des Colibris : étape 1

L'Utopie Destituée revêt ses habits d'oracle (l'optimisme doit être de mise pour la nouvelle année !) et prophétise à l'instar des Colibris une (R)évolution pour 2013 !

Le mouvement Colibris, dont nous avons déjà parlé ici ou , déjà initiateur en 2012 de la campagne "Tous candidats", continue son action pour inspirer, organiser et soutenir le changement de notre modèle de société par la participation de tous.

L'initiative s'articulera autour de 5 thématiques qui seront l'objet de 5 campagnes s'étalant de janvier 2013 à décembre 2014. 

Les développements qui suivent sont majoritairement issus du site des Colibris.

Février 2013 : "Localiser l'économie"
Avril 2013 :  "Planter ce que nous mangeons"
Septembre 2013 : "Révolutionner l'éducation"
Janvier 2014 : "Réinventer la démocratie"
Avril 2014 : "Economiser et produire de l'énergie (renouvelable)"

La 1ère étape c'est dès maintenant ! Localiser l'économie, suivant la démarche des économies locales vivantes présentée par Raphaël Souchier. Mais pourquoi ?


S'appuyant sur les travaux du réseau États-unien BALLE (Business Alliance for Local Living Economies bealocalist.org), on nous montre pourquoi l'économie doit s'enraciner quelque part et l'impact incroyable de l'achat local sur l'emploi, la circulation des richesses, l'augmentation des revenus des collectivités et des associations.

Consommer, et notamment manger local, c'est :

1. Garantir l’autonomie alimentaire, préserver les terres nourricières et l’activité des paysans à côté de chez soi
2. Sauvegarder la biodiversité agricole et la spécificité des terroirs
3. Encourager une économie locale et créer des emplois qui ont du sens
4. Réduire le transport des produits et minimiser les changements climatiques
5. Participer à une répartition équitable des richesses
6. Favoriser la qualité alimentaire et vivre en bonne santé


Plus de détails ici

Concrètement, il s'agirait de créer des réseaux d'entrepreneurs locaux : dès le mois de février, à Bordeaux, Lille, Toulouse, Paris, Montpellier, Rennes et Lyon, Raphaël Souchier et Colibris proposeront aux entrepreneurs, aux élus de collectivités et responsables du développement territorial, aux étudiants... des ateliers pour initier des réseaux de coopération locales et renforcer l’économie de chaque territoire.

D'autres actions sont possibles :

Changer de banque :
Certaines banques ne sont pas présentes dans les paradis fiscaux, ne paient pas de bonus extravagants, ne spéculent pas sur les marchés, investissent uniquement dans des projets d’économie sociale et solidaire..
Pour placer vos économies de manière plus éthique et responsable, optez pour la NEF ou le Crédit Coopératif. On peut même changer de banque en 5 clics ;-) avec ce site : jechangedebanque.org.

Organiser ou participer à un Carrotmob
En clair, des consommateurs envahissent un commerce afin de dégager un surplus de chiffre d’affaires pour le gérant. Celui-ci s’engage alors à réinvestir une partie des bénéfices réalisés dans la restructuration écologique de son établissement.
Détails à télécharger ici

Créer une monnaie locale





 

Agenda :
Lancement de la (R)évolution des Colibris avec une conférence publique à Paris le 30 janvier 2013, en présence de 5 personnalités qui présenteront le Plan des Colibris : "des trajectoires de transition dans les 5 grands thèmes abordés. Ces recommandations d'actions seront ensuite disponibles sur le web pour que tous ensemble, nous reprenions le pouvoir de nos vies et sur nos territoires".

Et pour vous prouver que ce genre de mobilisation, c'est "IN", un article sur un thème approchant, lu sur Rue89, à propos du livre de Bénédicte Manier : "Un million de révolutions tranquilles » (Éditions Les liens qui libèrent).

jeudi 3 mai 2012

Balade "manifestive" du 1er mai

Un mardi 1er mai franchement ensoleillé au cœur d'une période bien grise météorologiquement parlant. C'était vraiment l'occasion pour moi de tester le défilé unitaire des syndicats à Paris. Armé de mon appareil photo, motivé tout à la fois par la curiosité de la découverte, une nette envie de réagir à l'initiative sarkozyste d'un contre-événement au Trocadéro et la nécessité impérieuse bien que toute personnelle de manifester mon soutien aux valeurs défendues par la Gauche dans cette période clé de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle.

Puisque Sarkozy avait choisi de diviser la France du travail, j'ai choisi de mon côté de vous montrer des photos illustrant le partage, la joie et la justice. Des visages, des slogans, des couleurs. Des portraits drôles ou touchants.









































lundi 5 mars 2012

Silence on clive !

A droite ça rue dans les brancards ! Le candidat Sarko ne progresse pas dans les sondages. Pire, sa campagne, à son image, bégaie. Et pourtant ils mettent le paquet ! On clive, pour reprendre l'expression incontournable du moment. 
 
On stigmatise le boucher Halal (qui ne fait que reprendre l'échoppe abandonnée par son confrère franchouillard, qui rechigne à en chier des ronds de chapons, euh non chapeaux, et dont les consommateurs se sont d'ailleurs détournés pour aller faire leurs courses à l'Hyper, c'est moins cher).
On réhabilite le débat sur l'identité nationale, pourtant abandonnée courant 2010, car jugé inefficace pour contrer la poussée du FN aux Régionales.
On accuse l'opposition de manœuvres douteuses quand le peuple basque se rebiffe à Bayonne et nous refait le coup de Roncevaux.
On traite son concurrent de menteur, d'incapable, de mou. On croit dur comme fer (d'Arcelor Mittal) qu'on va renverser la vapeur à coup de propositions chocs, démagogiques, multiples. Mais non ça cafouille. Un léger mieux, et ça retombe comme un soufflé (bah ouais fatalement, elle a fait pschitt, la vapeur).




Alors on s'énerve :
 
Et nous, ça nous agace. Ces disputes sur des sujets somme toute loin de l'essentiel. Ces manipulations politico-politiciennes similaires à celles de 2007. Cette empathie surjouée de Super Français qui aime sa patrie et qui promet de la sauver de la déroute financière et de la conquête sarrasine.

 
Nous on veut de l'amour, de l'espoir, de la sérénité. On ne veut pas être montés les uns contre les autres. On ne veut pas être les proies trop faciles d'un chasseur féroce au couteau acéré, ou plutôt d'un dragueur vociférant à la langue trop bien pendue. Loin de croire à l'absolue bonté de l'Homme (j'ai 30 ans les gars, quand même....),  j'ai appris récemment qu'un sourire, un geste, un mot gentil, ça pouvait tout changer. Alors un vote, m'en parlez pas ! Faisons-nous ce plaisir. Autorisons-nous ce bonheur. Dans un mois et demi, l'air sera plus sain.


Moteur, on vote !

samedi 3 mars 2012

Réorienter d'urgence l'agriculture française

L'Utopie Destituée partage aujourd'hui une tribune parue sur LeMonde.fr le 24 février dernier, demandant une réorientation de la politique agricole française
Les signataires sont 30 personnalités représentantes d'ONG et d'associations rurales, environnementales et internationales.

"Les candidates et les candidats à l'élection présidentielle de 2012 ne peuvent ignorer le rôle central de l'agriculture dans les crises et les espoirs de notre époque. A l'approche du Salon de l'agriculture, cette question doit être abordée clairement.

Les crises sociales, environnementales, sanitaires et économiques que traverse notre société sont connues, mais leur dimension alimentaire et agricole n'est pas toujours mise en lumière : effets dramatiques et désormais irréfutables des pesticides dans la progression de nombreuses maladies (cancers, maladies neurodégénératives et auto-immunes, allergies, etc.), atteintes à l'environnement (destruction des paysages, pollution des eaux dont le coût de traitement risque d'exploser, érosion, appauvrissement des sols) et en particulier à la biodiversité dont les abeilles sont un témoin alarmant, contribution majeure de l'agriculture industrielle à l'effet de serre, déstructuration du tissu rural en France et en Europe, paupérisation des paysanneries au Nord comme au Sud, pénuries alimentaires apparentes (dues aux problèmes d'accès à la nourriture)…

Des décisions récentes risquent de renforcer les dégâts de cette agriculture déshumanisée : la loi sur les obtentions végétales votée en novembre 2011 interdit aux paysans de re-semer leur récolte et va renforcer la mainmise des multinationales sur les choix agricoles ; la modification des règles d'épandage de l'azote va augmenter les rejets des élevages hors-sols dans l'environnement des zones dites "sensibles" ; l'annulation de la "clause de sauvegarde" française sur les OGM et le délais pris avant l'adoption d'une nouvelle interdiction mettent directement en danger la production de miel en raison des contaminations prévisibles du pollen.

Pourtant, l'agriculture peut également être porteuse d'espoirs, à condition de changer en profondeur notre politique agricole, qui n'est actuellement ni durable, ni efficiente.

Les techniques alternatives de production agricole et de transformation alimentaire, et en particulier celles issues de l'agriculture biologique, prouvent chaque jour leur pertinence agronomique, économique, sociale et environnementale à l'échelle mondiale. Elles créent ou maintiennent des emplois ruraux, préservent les ressources en eau et la biodiversité, réduisent la dépendance énergétique des exploitations et réconcilient les cycles du carbone et de l'azote, évitent la dissémination de substances toxiques dans l'environnement et les aliments, remodèlent des paysages cohérents, ré-ancrent les entreprises agro-alimentaires dans les territoires, permettent aux populations de disposer de ressources alimentaires locales et accessibles (tant dans les pays du Nord que du Sud)…

Une agriculture biologique, paysanne et insérée dans un tissu économique local peut parfaitement nourrir l'humanité – et elle le fera sans détruire les moyens de production que sont la terre, l'eau, les semences et les humains. Il n'y aura pas de durabilité agricole sans durabilité environnementale. Par ailleurs, des initiatives citoyennes comme les AMAP (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) ou Terre de liens témoignent à la fois de l'inventivité maintenue de l'agriculture française, et de la volonté des citoyens de s'impliquer dans son évolution. Plus de 40 000 d'entre eux ont pu le démontrer récemment en participant aux campagnes de mobilisation "Osons la bio !" et "Développons l'agriculture biologique".

Il n'est plus concevable de nier qu'une autre agriculture est possible, et il est temps pour les élu(e)s et pour les candidat(e)s aux élections de prendre conscience de la volonté des citoyens de se réapproprier collectivement les politiques agricoles, alimentaires et rurales, dans un objectif de souveraineté alimentaire, de respect du vivant et de vitalité des territoires. Pour paraphraser Clémenceau, "l'agriculture est une chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls agriculteurs et à l'agro-industrie".

Nous, organisations agricoles et rurales, associations de solidarité internationale, mouvements de l'éducation populaire, organisations de défense de l'environnement ou de la santé, réseaux de citoyens, demandons instamment aux candidats de s'engager à :

  •     réformer en profondeur la gouvernance de l'agriculture, afin que la société civile soit enfin associée à toutes les instances de décision agricole (CDOA, SAFER, Chambres d'Agriculture, etc.) ;
  •     mettre en œuvre les moyens nécessaires pour atteindre impérativement 20 % d'agriculture biologique en 2020 : formations agricoles, recherche agronomique, accompagnement technique, financier et humain des paysans en conversion vers la bio, soutien aux filières bio en construction, etc. ;
  •     préparer la transition technique de l'ensemble des agriculteurs, notamment en réduisant de 50 % l'usage des produits phytosanitaires et en interdisant les plus polluants et rémanents ;
  •     faire de l'installation une priorité absolue face à l'actuel agrandissement continu des exploitations agricoles françaises, qui empêche les transmissions et met en danger le renouvellement des générations ;
  •     abroger la loi sur les semences du 28 novembre 2011 et la remplacer par une législation qui reconnaisse le rôle des paysans dans la sélection évolutive et conservatrice ;
  •     prendre toutes les mesures pour interdire les OGM sur le territoire français, de façon à protéger les pollinisateurs, les semences paysannes et les consommateurs ;
  •     défendre résolument une Politique Agricole Commune verte et solidaire, où toutes les aides inciteront au respect de l'environnement (avec des montants progressifs en fonction des pratiques) et à l'emploi agricole, et ne favoriseront pas des exportations portant préjudice aux paysans du Sud ;
  •     consacrer une part importante de "l'aide publique au développement" au soutien à l'agriculture familiale et biologique des pays du Sud ;
  •     créer, maintenir et renforcer des outils de gestion et de régulation des marchés agricoles, et lutter activement contre la spéculation sur les produits agricoles et alimentaires.
Les outils et dispositifs qui permettront d'atteindre 20 % des surfaces françaises en agriculture biologique sont les mêmes que ceux qui aideront l'ensemble des agriculteurs français à évoluer vers une meilleure intégration de l'environnement et de l'emploi rural… et qui aideront les paysanneries des pays en développement à construire leur nécessaire et urgente souveraineté alimentaire.

Mesdames les candidates, messieurs les candidats, à vous de choisir : maintenir une politique agricole archaïque et néfaste à l'environnement, à la santé et au tissu rural (en France comme dans les pays du Sud), ou faire le choix de l'agriculture du XXIe siècle."


Jacques Caplat (Agir pour l'environnement) ; Pierre Rabhi (paysan et écrivain) ; Jean-Jacques Boutrou (directeur général d'Agronomes et vétérinaires sans frontières) ; Marie-Paule Jammet et Jean Huet (co-présidents de la fédération Artisans du monde) ; Hugues Toussaint (président de Bio consom'acteurs) ; Bob Brac de la Perrière (coordinateur de BEDE) ; Xavier Bonvoisin (président de Chrétiens dans le monde rural) ; Cyril Dion (coordinateur du mouvement Colibris) ; Yves Berthelot (président du Comité français pour la solidarité internationale) ; Philippe Colin (porte-parole de la Confédération paysanne) ; Jo Hervé (président d'Eau et rivières de Bretagne) ; Jacques Maret (association Ecologie, démocratie, développement durable) ; Xavier Poux (administrateur de l'European Forum on Nature Conservation and Pastoralism) ; Dominique Marion (président de la Fédération nationale d'agriculture biologique) ; Didier Lorioux (président de la FNCIVAM) ; Yann Arthus-Bertrand (président de la Fondation GoodPlanet) ; François Veillerette (porte-parole de Générations futures) ; Allain Bougrain-Dubourg (président de la Ligue pour la protection des oiseaux) ; Jean-Michel Florin (coordinateur du Mouvement de l'agriculture biodynamique) ; Jérôme Dehondt (porte-parole du Mouvement interrégional des AMAP) ; Richard Marietta (président de Nature & Progrès) ; Jean-Paul Sornay (président de Peuples solidaires / Action Aid) ; Sandrine Mathy (présidente du Réseau action climat – France) ; Jacques Morineau (président du Réseau agriculture durable) ; Claude Gruffat (président du réseau Biocoop) ; Armina Knibbe (présidente du réseau Cohérence) ; Patrick de Kochko (coordinateur du Réseau semences paysannes) ; Jacques Berthelot (association Solidarité) ; Sjoerd Wartena (président de Terre de liens) ; Olivier Belval (président de l'Union nationale de l'apiculture française) ; Isabelle Autissier et Serge Orru (présidente et directeur général du WWF-France).

mercredi 18 janvier 2012

Bis repetita non placent

Un début d'année souriant du point de vue personnel, mais laborieux blogamment parlant... Alors ce premier billet de 2012 sera sans prétention, si tant est que les précédents en fussent pourvus.
Moins de 100 jours avant que ne se profile la prochaine élection présidentielle. Le cap fatidique est dépassé : l'évènement tant attendu ou tant redouté, c'est selon, sera à notre porte pour ainsi dire demain.
Les sondages s'égrènent comme des chapelets, sans que ces néo-prières médiatico-mystificatrices ne nous aident à reconnaître le saint auquel se vouer parmi les prophètes auto-déclarés.

2007 / 2012, l'histoire semble se répéter. 5 années.

1 crise financière aux répercussions infinies qui augure de lendemains économiquement peu glorieux pour la France, puissance dégradée.

10 révolutions arabes.

100 millions d'iPhone vendus.

Mais rien ne change en France sur la question de notre représentation. Ces cinq années et leurs multiples bouleversement n'ont pas d'impact sur les candidats à la présidentielle 2012, et les fausses solutions qu'ils nous proposent.

Nous aurons donc, au printemps, le choix entre :
  • Ségolène Royal, enfin non, son ex, François Hollande.
  • Jean-Marie Le Pen, enfin non, sa fille, Marine Le Pen.
  • Nicolas Sarkozy, enfin non, son fantôme, qui hante nos cauchemars les plus effrayants.
  • François Bayrou, enfin non, le Phénix béarnais, qui renaît de ses cendres après s'être invraisemblablement envolé en fumée post 2007.
  • Eva Joly, enfin non, une candidate hors norme et hors code, à la fois jouet et poil à gratter d'EELV, prête à être sacrifiée par son parti sur l'autel de la Sacrée représentation parlementaire.
On ose à peine y croire. Les mêmes postulants au leadership excessif d'un système vicié, insuffisamment démocratique, dont les pouvoirs sont insuffisamment séparés et les représentants insuffisamment renouvelés (jeunes, femmes et citoyens "issus de la diversité" manquent singulièrement à l'appel).
Des caciques de partis par trop institutionnalisés, qui ont la suffisance de se (re)présenter au suffrage de la nation.

L'expression à la mode, c'est "être acteur du changement". Soit. Alors qu'avons-nous raté au cours de ces 5 ans pour en être au même point aujourd'hui qu'hier. Nous aurait-il fallu taper du poing sur la table, exiger un changement profond du système consultatif, promouvoir l'esprit participatif des citoyens. Est-que cela marcherait, si nous étions tous candidats, comme nous y invite le mouvement colibris ?

Les Indignés français, cousins timides des Indignados espagnols, ont essayé de se faire entendre, mais nous ne les avons pas écoutés. Nous les avons regardés agiter les bras, bouger les lèvres, comme des sourds et muets, mais le message n'est pas passé. Un message trop confus ? Pas assez relayé ? Étouffé par les CRS (Les indignés de la Défense déposent une plainte) ? Adressé à un public déjà résigné ?

Y a t il quelque chose d'autre à faire ? Mon humeur vous aura probablement paru fataliste. La fatigue des longs déplacements à travers nos provinces, sûrement. Et je n'ai pas de réponses toutes faites à cette question.

Pourtant oui, nous devons agir. Espérer. Militer. Converger. Bouleverser.

Au moins pour qu'au soir du 22 avril 2012, des deux maux que vous identifierez sans mal, nous n'ayons pas à fuir.

mardi 13 décembre 2011

Des somnambules vers la catastrophe

L'Utopie Destituée partage aujourd'hui un long entretien du philosophe et sociologue Edgar Morin par Terra eco, le bimédia francophone du développement durable, mêlant questions économiques, sociétales et environnementales, bref les mêmes qui traversent ce blog ! Une synthèse très intéressante des enjeux actuels, notamment la domination du sentiment d'urgence et la dérive funeste du capitalisme.
Le lien direct de l'entretien vers le site à suivre ici.

"Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?
La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement. C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

Source : express.be
Cela est-il donc si nouveau ?
Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve « après la pluie ». Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel. Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

 
Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ?
En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) : « La voiture nous ralentit beaucoup. » Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

 
Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?
Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

 
Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?
Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. C’est le sens du mouvement slow food dont est née l’idée de « slow life », de « slow time » et même de « slow science ». Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un « grand » article dans une « grande » revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le yoguisme, par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue Le droit à la paresse (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

 
Pourquoi ?
Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

 
A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ?
Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de « nouveau » qu’il promeut grâce à la publicité… Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ? Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression consommationniste, à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière…

Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

 
Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse…
Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

 
Par obsession, vous entendez croissance ?
Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

 
Décélération signifierait décroissance ?
Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

 
La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?
Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

 
Le politique n’est-il pas tout de même censé « prendre le temps de la réflexion » ?
On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de « U » pour « urgent ». Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les « TTU ». Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.
 

Michel Rocard déplorait il y a peu pour « Terra eco » la disparition de la vision à long terme…
Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le « long terme », je l’intitule « problème de fond », « question vitale ». Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

 
Le président de la République Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?
Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en font quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

 
Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ?
Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

 
Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

 
La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…
Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.

Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?
Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

 
Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse ?
Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

 
Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?
Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

 
Nous sommes déjà dans un processus de réformes…
Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires.

 
Vous appelez cette démarche « le bien-vivre ». L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez.
L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Et bien que ce mot « bien-être » soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de « bien-vivre », reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression « bien vivir » est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est « actif » dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre."

lundi 21 novembre 2011

Les stratèges de la peur

Lorsque le passé n'éclaire plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres. Cette jolie phrase que j'ai entendue la semaine dernière (et qui s'avère être une citation d'Alexis de Tocqueville, grand penseur de la Démocratie) tombe fort à propos vis-à-vis de la séquence que nous vivons ces jours-ci.
Sarkozy et sa fine équipe vont à n'en pas douter nous rejouer le tour de 2002 et 2007 : profiter d'un fait divers atroce et poignant pour alimenter la peur au sein de la société, et se poser en rempart ultime face aux affres d'un monde anxiogène.
Certes le drame en question, le viol et l'assassinat horrible d'une enfant de 13 ans par un adolescent récidiviste, est tragique. Il remue les tripes de chacun d'entre nous.
Mais il est inacceptable que ce soit l'occasion pour un gouvernement aux abois de jouer sur l'émotion suscitée en vue d'en tirer un profit électoral.
Selon l'adage sarkozyste 1 fait-divers = 1 loi, l'exécutif va nous resservir (nous ressert déjà) une solution ronflante et des promesses inconsidérées.
Mais à l'aune des actions du quinquennat finissant, nous ne serons pas dupes des prochaines mascarades législatives. Gardons la mémoire.

Car depuis 2007, c'est bien d'une réforme de la justice menant à un manque croissant de moyens humains, et donc à des procédures judiciaires pas ou mal suivies, dont nous avons été témoins. C'est aussi la poursuite d'une politique du tout carcéral conduisant à une augmentation continue de la population pénitentiaire, dont le record a été atteint tout récemment (article du Monde du 15 novembre dernier), et à une diminution des effectifs de surveillants. Ce qui ne manque pas d'entraîner l'aggravation de conditions de détention, et par là-même des conditions de suivi, de traitement adapté et de ré-insertion éventuelles des prisonniers.

Ne laissons pas l'émotion nous aveugler. J'entends de ci de là dans la population des réactions non mesurées, et notamment la relance du débat idiot sur l'utilité de la peine de mort (se référer aux différentes articles & études sur le net évoquant son effet non dissuasif constaté dans les pays qui l'appliquent). Il est compréhensible que l'individu personnellement touché, en rage, imagine se faire justice lui-même. Mais la société, en tant qu'ensemble d'individus, se doit d'être plus forte que ces tentations. Elle doit répondre de manière équilibrée, adaptée mais néanmoins efficaces à ces crimes, pour éviter leurs récidives.

Ne laissons pas l'émotion nous aveugler non plus sur les réalisations réelles survenues au cours du mandat Sarkozy. Ils n'ont rien amélioré sur ce point malgré leurs discours, ils ne le feront pas non plus lors d'un second mandat, d'autant que les coupes budgétaires à venir, inévitables au vu de notre déficit colossal et du déclin économique en cours, ne laisseront que peu de marge.

L'édito du jour de Dominique Garraud, du journal la Charente Libre, rejoint également ce point de vue, ainsi que les propos de Maxime Hamon (écouter vers 4min35), évidemment de manière plus partisanne...

"Questions légitimes et surenchères


Le drame de Chambon-sur-Lignon interpelle les individus et l'opinion à un double titre: d'abord l'horreur de voir une adolescente violée et massacrée par un autre jeune de son internat. Ensuite la stupéfaction d'apprendre que le meurtrier présumé était sous le coup d'une mise en examen pour un viol commis en 2010, en liberté provisoire, et admis en internat au collège-lycée Cévenol sans que l'administration de l'établissement soit informée des antécédents judiciaires de ce jeune de 17 ans.
On ne peut a priori que partager la «sidération» du directeur de cet internat ouvert et mixte face aux questions posées par le parcours à l'issue fatale de cet élève dont il ignorait tout du passé criminel. Chercher l'erreur en préjugeant que la trouver est le moyen le plus sûr d'éviter ce type de récidive aggravée, est plus que légitime. C'est indispensable, tout en sachant que «l'erreur est humaine», comme l'a relevé avec beaucoup de dignité la mère de la jeune Agnès.
Le président du tribunal des enfants de Bobigny Jean-Pierre Rozenscveig est sans nul doute sincère lorsqu'il affirme qu'un «juge ne prend jamais de risque» dans le rendu d'une décision. Sauf que le domaine de l'évaluation de la dangerosité est très loin de relever de sciences exactes. La justice pensait s'être entourée de toutes les précautions avec un suivi serré du jeune violeur: obligation de soins, examens réguliers et expertises de psychiatres et éducateurs avaient tous conclu à l'absence de dangerosité de l'adolescent.
Ce qui n'explique en rien l'incroyable lacune qui a conduit à laisser dans l'ignorance totale les responsables de l'établissement où le présumé meurtrier passait ses jours et ses nuits. Des enseignements doivent évidemment être tirés sur la communication indispensable entre les services de probation en charge des mineurs et les autres administrations amenées à les avoir sous leur autorité.
Mais ces efforts n'engendreront pas, comme par un coup de baguette magique, le risque «zéro» de récidive. Pas plus que le rétablissement de la peine de mort «pour les meurtriers d'enfants» réclamée par Marine Le Pen avec un sens de l'à-propos et de la surenchère sur le malheur des autres digne des outrances de son père. Ni l'empilement de lois contre la récidive. Aucun fait divers isolé, aussi horrible et choquant soit-il, ne vaut d'en tirer des leçons politiques générales et surtout pas dans le registre de la polémique.
En ce sens, l'assassinat de la jeune Agnès est tragique, insoutenable, mais en aucune sorte exemplaire d'un laxisme forcément coupable, voire délibéré."

dimanche 13 novembre 2011

Intouchables ?

Allez on se sentait plutôt bien ces derniers temps, on est allé voir Intouchables et on a ri... On avait envie de rire. On avait besoin de rire. Intouchables, le dernier film du duo Toledano / Nakache, c'est le genre de comédie-médicament qui touche le cœur des français. Et comme la France est l'un des pays du monde qui consomme le plus de médocs, bah un film thérapeutique, ça engrange. Industrie cinématographique, industrie pharmaceutique, même combat ? Faut avouer c'est bien ficelé, plein de bons sentiments, mais sans que ce soit trop dégoulinant de pathos en tube. C'est drôle, les acteurs sont bons et ils nous divertissent. Pis c'est mignon tout plein cette histoire d'amitié entre le jeune de banlieue (pas aussi méchant que peuvent l'être les vrais méchants quand même) et le riche tétraplégique (pas aussi détestable que peuvent l'être les plus riches quand même).
On se laisse bercer par cette bonne humeur ambiante, la bande-son entraînante et la faculté de ces archers-réalisateurs à faire tour à tour vibrer les cordes de l'émotion et du rire.
C'est la beauté du cinéma que de savoir parfois nous mettre en apesanteur, dans une bulle de légèreté, éloigné temporairement des lourdeurs du quotidien. Alors je ne vais pas faire mon rabat-joie : non, ne boudons pas notre plaisir et allons voir ce film !

 
Seulement il ne s'agirait pas que son effet soit similaire à celui des anti-dépresseurs : traiter le symptôme et occulter la racine du mal. 

 
Car on rit moins quand on lit dans la presse que certains de nos politiques (plus très actifs soit...) continuent à bénéficier de priviléges liés à l'occupation de logements à loyer modéré, et pire, refusent d'y renoncer :
Jean-Pierre Chevènement loue un appartement de 120 m² dans le Ve arrondissement, propriété de la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP). Un logement classé dans la catégorie « ILN » (« immeuble à loyer normal »), le haut de gamme du parc social, destiné aux classes moyennes. Son loyer : 1 519 euros par mois. Dans le parc privé, cet appartement se louerait 3 500 euros par mois.
Fadela Amara refuse également de quitter son appartement, plus modeste : 50 m² dans le XIIIe arrondissement pour un loyer de 525 euros (source Rue89).
Le but n'est pas de leur jeter la pierre (Jean-Pierre ?), car ce ne sont pas les seuls (néanmoins les 2 derniers récalcitrants semble-t-il) : souvenons-nous du cas Boutin en 2007. Mais c'est d'autant plus choquant qu'il s'agit de personnalités politiques, qui devraient montrer l'exemple. Comment contraindre après cela les milliers d'individus lambda qui occupent également des HLM à des loyers qui ne correspondent plus en rien à leurs situations financières et/ou familiales (suite à des augmentations de leurs revenus au fil des ans, au départ des enfants, etc...)  et qui empêchent ainsi des familles dans le besoin d'accéder au parc de logements sociaux, à les quitter.

 
On a moins ri aussi quand il s'est agi de résoudre le problème de math de la semaine : la suite de Nicolas Sarkozy était-elle à 35 000 € (comme avancé par le tabloid The Sun) ou à 3500 € la nuit (comme rectifié par Franck Louvrier, le conseiller du Président) ? Le séjour dans le luxueux hôtel cannois Majestic a duré 2 nuits, et se justifiait par la tenue du G20 sur la Riviera (de diamants ?). Voilà les données de l'équation. Vous avez trouvé quoi vous comme résultat ?
 

Tout cela fait désordre au beau milieu des annonces de plans de rigueurs drastiques, à l'heure de sauver l'Europe et le monde de la "plus grave crise économique de l'histoire".
Décidément, ils sont intouchables, eux aussi.